F2 en ouverture du Grand Prix ACF 1948 à Reims
Le Grand Prix de REIMS F2 1948 en ouverture du GP de l’ACF : la première course de FANGIO en EUROPE et la première victoire d’une FERRARI à REIMS. 1948 Coupe des Petites Cylindrées F2.
Le 18 juillet 1948 se déroule la deuxième Coupe des Petites Cylindrées en prélude du GP de l’ACF.
“Le programme des courses le 18 juillet à GUEUX.”
L’Automobile Club de Champagne dispose d’un magnifique circuit qui accueille la principale épreuve automobile française.
Les infrastructures sont remarquablement équipées avec de grandes tribunes, des enceintes le long du circuit, des parkings, une belle surface de revêtement adhérente, des postes de chronométrage et de presse bien desservis, des installations de ravitaillement, une unité médicale renforcée et le public bénéficie d’une excellente visibilité qui lui permet de suivre les concurrents des yeux sur une grande partie du circuit.
RAYMOND ROCHE qui est l’âme de l’AC de CHAMPAGNE dirige de main de maître et anime avec dévouement et compétence ce meeting rémois.
Après guerre, c’est la plus importante compétition française à laquelle vont assister les spectateurs, avec le renouveau du GP de l’ACF précédé de la Coupe des petites cylindrées où 19 voitures vont s’affronter sur 26 tours représentant 203,208 km de course.
Si les GORDINI bleues firent merveille dans cette catégorie
“Au paddock, les GORDINI de SCHELL n°4, SCARON n°8, MANZON n°10 et celle de FANGIO n°22 inscrite à l’ACF ; on aperçoit Raymond ROCHE à l’arrière plan en manteau accompagnant les dirigeants en discussion.”
jusqu’alors, la nouvelle réglementation portant à 2000cm3 la limite de cylindrée en 1948 de la F2 permit aux jeunes firmes ambitieuses comme FERRARI de développer des modernes 12 cylindres 2 L qui sur ce circuit de vitesse faisaient figure d’épouvantail.
La puissance des trois italiennes équipées d’une 5ème vitesse, développant 140cv pour 550kg laissait peu de chance aux cinq monoplaces GORDINI motorisées par des SIMCA 1430cm3 fussent-ils améliorés, de 90cv pour 370kg.
“La monoplace FERRARI 2L 166 Spider Corsa avec sa carrosserie « torpille » dérivée de la sport, SOMMER au volant.”
Le reste du plateau était représenté par une MASERATI 2000cm3 moins moderne que sa jeune rivale de MODENE, deux METEOR (ou VERITAS), 3 CISITALIA de PIERO DUSIO, la FRAZER NASH à mécanique BMW 328 ou MARTIN spéciale de FLAHAUT, les deux françaises DB, la PEUGEOT DARL’MAT sur châssis AMILCAR et la SIMCA MONOPOLE.
Dans cette période d’après-guerre, côté pilotes
“Tous ces pilotes sont inscrits en F2 ou au GP de l’ACF de REIMS 1948”.
on a dans cette catégorie qui sert de marche-pied à la F1, un mélange des genres avec des champions déjà confirmés ou en passe de l’être, comme SOMMER, VILLORESI, CHABOUD, MANZON, SCHELL, et un certain FANGIO venu se mesurer aux pointures du vieux continent.
SOMMER, surnommé le sanglier des ARDENNES, est originaire de MOUZON où sa famille y possède une importante fabrique de feutre qui fait vivre l’essentiel de la commune et son père fut un pionnier de l’aviation. Mais le jeune RAYMOND n’était pas attiré par l’entreprise familiale et se tourna vers sa passion, les courses automobiles dont méticuleusement il tenait son journal de bord.
L’italien VILLORESI dont le frère Emilio se tua en course, eut une belle carrière en parallèle de celle de son ami ASCARI.
CHABOUD fut éclectique et courut en sport, F1, F2, et s’illustra le plus souvent sur TALBOT ou DELAHAYE, remportant en 1938 les 24H du MANS.
MANZON est un jeune marseillais qui débuta sur CISITALIA et très vite remarqué par GORDINI il fut intégré dans son équipe où il fit l’essentiel de sa carrière.
HARRY SCHELL avait des gènes pour s’illustrer dans la course automobile puisque ses parents LAURY et LUCY coururent tous deux et fondèrent des écuries dont l’Ecurie Bleue composée essentiellement de DELAHAYE.
Enfin FANGIO est encore sur le continent un inconnu du public. L’Automobile Club d’ARGENTINE a envoyé ses meilleurs représentants, dont FANGIO alors âgé de 37 ans, soutenu par PERON et EVITA, pour se mesurer aux champions confirmés.
Lors du GP de ROSARIO en ARGENTINE en début d’année il avait affronté à armes égales WIMILLE, disposant tous deux d’une GORDINI identique, et avait été le seul à lui tenir tête pour la victoire jusqu’à son abandon.
Ce n’était pas passé inaperçu dans le clan français, aussi c’est un GORDINI opportuniste qui ne se fait pas prié pour lui proposer un volant ici pour remplacer TRINTIGNANT victime d’un terrible accident à BERNE.
Une seconde catégorie de pilotes est représentée par des « gentlemen drivers » dont font partie le Prince BIRA, le Prince IGOR TROUBETZKOY, et DE SAUGE.
Le Prince BIRA, thaïlandais, vint en ANGLETERRE pour parfaire son éducation à l’université et s’intéressa très tôt à la compétition avant- guerre. Il est ici incorporé dans l’équipe GORDINI où il est un des plus expérimentés pilotes.
Le prince IGOR est un personnage de légende d’origine russe dont le bref passage dans le milieu des courses ne fut qu’un épisode d’une vie richement remplie. Des années plus tard l’Américain Lance REVENTLOW qui se lança dans le Continental Circus de la F1 avec sa propre monoplace qui courut à REIMS en 1960, était le fils de sa femme la milliardaire Barbara HUTTON.
“Photo insolite de 1960 montrant le grand Stirling MOSS (qui donna ici la première victoire en F1 à LOTUS) au virage de la gare à MONACO testant la SCARAB bleue métallisée à bandes blanches de Lance REVENTLOW qui ne parvint pas à se qualifier. (MOSS est probablement le pilote qui a couru sur le plus grand nombre de voitures de marques différentes et c’est peut-être une des raisons pour lesquelles il ne fut jamais couronné !).”
Le prince IGOR fut un des tout premiers clients de FERRARI (il fit l’acquisition de 3 voitures) avec STERZI et les frères BASADONNA.
DE SAUGE était un dilettante marié à une riche américaine.
Après le départ de son épouse il poursuivit ses compétitions, se rendant sur le circuit au volant de sa SIMCA 5.
Gérard CROMBAC fut son « chronométreur » pour cette course ce qui lui permit de connaître par la suite SOMMER qui l’embaucha comme mécanicien. Dans son livre il rappelle avec émotion que DE SAUGE lui fit rencontrer le prestigieux NUVOLARI à qui il serra la main.
Le campionissimo déjà malade, était venu ce jour là faire une pige au GP de l’ACF sur la MASERATI de VILLORESI.
Une autre classe de pilotes est constituée par des amateurs passionnés : FLAHAUT, ROBERT, BASADONNA qui était lié à DUSIO le constructeur des CISITALIA et qui fit partie avec le baron DE GRAFFENRIED de l’écurie AUTOSPORT, RIGHETTI, LOYER dont le garage de voitures de sport à PARIS était renommé, SCARON qui courut surtout sur AMILCAR puis GORDINI.
Enfin on peut inclure des pilotes-constructeurs.
HEMARD est à la tête de MONOPOLE POISSY
“La publicité de MONOPOLE POISSY dans le programme.”
avec son associé DE MONTREMY, ils fabriquent des pistons, segments, soupapes et réaliseront des barquettes légères et profilées MONOPOLE SIMCA puis MONOPOLE PANHARD avec lesquelles ils s’illustreront à plusieurs reprises au MANS remportant l’indice de performance en 1950, 1951,et 1952.
Charles DEUTSCH et BONNET s’allièrent pour créer leur propre voiture CD motorisée au début par CITROEN.
Charles de CORTANZE incita Emile DARL’MAT concessionnaire PEUGEOT parisien à construire une monoplace à partir d’un châssis AMILCAR avec une mécanique 402 développant 90cv.
“On trouve également la publicité de Pierre FERRY qui « gonfla » les mécaniques RENAULT (Dauphine 1093, pots d’échappement FERRY…) et dont le fils Luc FERRY, fut Ministre de l’Education Nationale.”
Ainsi c’était une époque où les professionnels pouvaient côtoyer sur la grille de départ les amateurs passionnés possédant un bon coup de volant et disposant d’une bonne fortune personnelle ou à défaut de l’aide d’une personne généreuse.
Si cette course laisse présager la domination des FERRARI, le public va découvrir un pilote talentueux au regard d’acier et à l’allure placide qui marquera de son sceau l’histoire de la compétition et dont la boucle de sa carrière se refermera ici même 10 ans plus tard.
“On vient admirer dans le paddock l’équipe FERRARI ; au premier plan la 26 de SOMMER, la 28 de RIGHETTI et la 44 qui n’est pas engagée. Le Prince IGOR avait acheté 3 FERRARI et était engagé sur la 42. Avait-il amené un mulet ? Le camion FERRARI est visible à gauche avec le cheval cabré peint sur la porte”
Aux essais SOMMER est le plus rapide et la surprise vient de l’argentin FANGIO
“FANGIO, poussé par les mécaniciens (et AMEDEE lui-même ?) s’élance pendant les essais sur la GORDINI n°6. On remarque que beaucoup de spectateurs portent des manteaux ce mois de juillet ne devait pas être particulièrement chaud.”
qui réalise un très beau 2ème temps compte tenu de la machine dont il dispose ici et se place devant tous ses équipiers de GORDINI sur une piste qu’il découvrait.
“De la tribune une vue des stands avec la CISITALIA de Raymond de SAUGE”
Ce seront ces deux pilotes qui donneront à cette intéressante course ses lettres de noblesse.
“Quelques instants avant le départ pour le briefing autour de Raymond ROCHE casquette foncée, de dos et CHARLES FAROUX à droite, les pilotes forment un petit cercle. SOMMER avec son manteau, à gauche on reconnaît la grande silhouette de SCHELL, puis DEUTSCH, FANGIO chemise noire serre-tête blanc, attentif pour sa première course en Europe, de CORTANZE, BIRA tenue blanche avec une visière et à droite VILLORESI ajuste sa visière à l’écart. Le Prince IGOR est dans sa voiture 42 tandis que de SAUGE tenue sombre se dirige vers les stands.”
Le départ est donné à midi, et immédiatement SOMMER prend le large peu à peu devant BIRA qui tente de résister.
“Le départ est imminent, la grille a une configuration 3-2-3-2…avec en première ligne de gauche à droite SOMMER, FANGIO et BIRA”
“Le départ est lancé. La DARL’MAT n° 24, puis la massive METEOR de LOYER et devant de gauche à droite, la frêle CISITALIA de BASADONNA, la GORDINI de SCARON, la DB de BONNET, la METEOR de CHABOUD, puis les FERRARI de RIGHETTI et du Prince IGOR et à leur droite les GORDINI de SCHELL et MANZON alors que SOMMER file en tête suivi de FANGIO et BIRA.”
Derrière TROUBETZKOY, VILLORESI, RIGHETTI, FANGIO et SCHELL suivent à distance.
La fragilité légendaire des GORDINI ne se démentira pas et avant le 10ème tour ce seront SCHELL (soupape) puis FANGIO(pompe à eau) et MANZON (embrayage) qui devront s’arrêter.
“Photo prise dans la foule amassée au virage dans GUEUX qui montre la FERRARI de SOMMER qui prend le large”
“Instant remarquable, FANGIO en panne sur sa GORDINI dans GUEUX.”
Devant SOMMER contrôle la situation avec une marge confortable sur BIRA qui a réussi à s’intercaler entre les FERRARI, et il s’octroie le record du tour au 12ème passage.
“SOMMER s’extrait du virage « du FAMILISTERE ».”
“SOMMER sur sa FERRARI passe devant les tribunes”
Puis c’est BIRA, le vainqueur ici en 1947, qui rend les armes peu après la mi-course en ayant donné le meilleur de lui-même et les trois FERRARI se trouvent en tête devant l’expérimenté CHABOUD qui tire le meilleur parti de sa machine, puis la seule GORDINI qui n’a pas rencontré de problème, celle de SCARON et plus loin BONNET, DE CORTANZE et MANZON qui a pu repartir attardé.
“RIGHETTI dans GUEUX en plein effort”
Le prince IGOR ne récoltera pas les fruits de sa belle prestation car il doit s’arrêter sur ennuis mécaniques et SOMMER*17 l’emporte largement en ayant pris un tour à son équipier RIGHETTI, les FERRARI réalisant un doublé augurant d’une prometteuse carrière devant la METEOR de CHABOUD, la GORDINI de SCARON, la DB de BONNET, la DARL’MAT de Charles de CORTANZE puis MANZON, ROBERT, de SAUGE et le prince IGOR.
“Raymond ROCHE abaisse le drapeau au passage victorieux de SOMMER suivi à un tour par son équipier RIGHETTI”
Gérard CROMBAC investi consciencieusement dans son rôle de « chronométreur-manager » releva que le décompte des tours du prince IGOR était erroné et les chronométreurs rectifièrent le classement en faisant gagner ainsi une place à son pilote de SAUGE.
“SOMMER savoure sa victoire en compagnie de RIGHETTI en manteau et du souriant BIRA”
Si FANGIO ne put concrétiser tout le potentiel de son talent en raison des faiblesses de sa voiture, SOMMER le régional bien aidé par la supériorité de sa mécanique, lui ne rencontra aucun problème et sa course s’apparenta à une simple formalité.
Avec le succès de WIMILLE sur ALFA ROMEO, l’après midi la fibre patriotique avait vibré ce meeting rémois, mais ces victoires avaient cependant un goût amer car elles mettaient en lumière le retard technique des constructeurs français qui ne pouvaient mettre à disposition de nos talentueux pilotes le matériel pour vaincre.
Laurent RIVIERE
Tous droits réservés pour les photographies à leurs auteurs comme d’usage
Bibliographie :
Le livre de Gérard « « Jabby » CROMBAC
Le livre REIMS, VITESSE, CHAMPAGNE ET PASSION de Dominique DAMERON, Cyrille MELIN et Jean-Pierre MELIN

Album Photo