Après le GRAND PRIX de l’ACF 1957 REIMS

Après le GRAND PRIX de l’ACF 1957 REIMS accueille son Challenge International de Vitesse. Champagne pour les essais !

1. img reims 59999221 le programme annonce le menu pour le week-end du 14 juillet comprenant les 12Heures, la Coupe de vitesse des F2 et le Challenge de vitesse pour les F1

 Au lendemain du GP de l’ACF à ROUEN les équipes de F1 prennent la route vers REIMS, seules manquent à l’appel les BRM victimes de casse qui sont reparties en ANGLETERRE pour préparer le GP d’ AINTREE et deux champions sont empêchés, MOSS et BROOKS.
 Le Challenge International de Vitesse Coupes BP ENERGOL 1956-1959 est attribué à la firme vainqueur des courses de F1 organisées chaque année sur le circuit de REIMS suivant un barème défini de points et FERRARI aborde en tête cette deuxième épreuve après la victoire de COLLINS en 1956.

 Les premiers essais du GRAND PRIX ont lieu le mercredi soir, et les pilotes des teams se préparent avec résolution, car ici Raymond ROCHE en stratège a motivé ses troupes en proposant 100 bouteilles de champagne à chaque pilote qui fera tomber le record du tour du circuit établi l’année précédente par FANGIO sur LANCIA FERRARI en 2m 25.8.

2. img reims 59999226 FANGIO sur la LANCIA FERRARI qui lui permit de remporter le titre en 1956 apparemment sans effort, vire tranquillement à THILLOIS.

 On va alors assister à un engagement des meilleurs dès le début des essais à l’inverse de ce que l’on voit jusqu’à présent en F1 où les grandes équipes attendent que les « sans grade » balaient la piste offrant une habituelle triste première séance.
 Les MASERATI avec leurs leaders FANGIO,BEHRA et SCHELL étaient présentes en force et constituaient plus de la moitié du plateau avec les pilotes privés. Parmi ceux-ci, on remarquait l’engagement de Ottorino VOLONTERIO pilote suisse atypique, avocat de formation et non médecin comme son nom aurait pu le laisser supposer et qui, téméraire, s’engageait en GRAND PRIX mais dont les temps au tour ne lui permettaient que rarement de se qualifier pour prendre le départ.
 PIOTTI, GODIA, GOULD, HALFORD, l’équipe Centro-Sud avec BUEB et GREGORY dont la voiture blanche à bandes bleues était bien reconnaissable avec le museau long et le cockpit enveloppant et BONNIER sur la voiture aux couleurs suédoises complétaient les représentants de la marque au Trident.

3. img reims 59999230 La MASERATI de HALFORD est au stand pendant les essais.

 FANGIO d’emblée, sur le châssis léger qui vient de l’emporter à l’ACF, va le premier battre le record avec un temps de 2m 25.5. FERRARI avec HAWTHORN, COLLINS et MUSSO ne paraît pas vouloir entrer dans ce jeu et n’utilise qu’une seule voiture pour permettre à ses pilotes de reprendre contact avec la piste.
 Les titulaires de VANWALL, MOSS et BROOKS étant indisponibles, sont remplacés par le jeune et mince LEWIS EVANS qui découvre le circuit et l’expérimenté SALVADORI.
 Ils disposent de 3 voitures fraîches directement arrivées d’ACTON et qui n’ont pas participé au GP de l’ACF. C’est alors que LEWIS EVANS apparemment sans difficulté abattit des temps de 2m 25.4, puis 2m 24.7 et 2m 23.7.
 Mais devait-on être plus surpris de la performance du jeune pilote, qui fit ses premières armes sur le continent en l’emportant à CHIMAY en 1952 non loin d’ici alors qu’avec son père, ils couraient tous deux ce jour là en RACER 500 sur COOPER NORTON que de celle de la VANWALL qui avait montré ici l’année dernière sa brillante aptitude au circuit de vitesse entre les mains du bouillant HARRY SCHELL qui vint titiller on s’en souvient, le trio des invincibles LANCIA FERRARI emmenées par FANGIO ?
 Celui-ci quelque peu vexé reprit la piste sur la monture que son compatriote MENDITEGUY utilisait à ROUEN et en 2m 24.4 puis 2m 22.9 ne tarda pas à s’octroyer le record offrant à la piste rémoise le titre, cher à RAYMOND ROCHE, de circuit le plus rapide du Championnat (SPA ne recevait pas de GP en 1957).

4. img reims 59999213 FANGIO ici dans le virage de THILLOIS, derrière la MASERATI de BUEB va s’emparer du meilleur temps des essais.

 Les essais de jeudi se déroulèrent en soirée par un temps chaud mais le vent qui s’était levé risquait d’empêcher l’amélioration des performances, la courbe du Calvaire et celle de BOUSQUET n’autorisant guère l’improvisation.

 VANWALL fit entrer tôt en piste sa version profilée

5. img reims 59999207 “La VANWALL aérodynamique spécialement prévue pour REIMS, développant ses 280cv en haut dans les tours, ne fut pas retenue pour la course. Son museau est caréné façon MERCEDES W196 ou LOTUS 11 tandis que les roues arrière sont surmontées d’ailes non totalement enveloppantes pour filtrer l’écoulement de l’air à haute vitesse selon les idées de FRANK COSTIN ingénieur venu de l’aéronautique.

 qui n’avait pas été convaincante à la première séance et malgré des rapports de boîte changés LEWIS EVANS ne put améliorer ses temps. Il délaissa donc la version aérodynamique non validée pour la course et, sans donner l’impression de forcer, sur la voiture classique obtint un 2m 23.5 qui le plaça en haut de la hiérarchie.

 FANGIO s’élança alors pour rester le maître mais échoua lors de son premier run. Sagement il rentra au stand et attendit que le trafic s’éclaircisse pour décrocher une nouvelle fois le meilleur temps dans cette deuxième session en 2m 23.3 sur la MASERATI 6 cylindres type MONZA châssis de 1956.
 Derrière avec le deuxième temps, LEWIS EVANS observait sereinement, convaincu d’être en mesure d’améliorer si il fallait puiser dans ses réserves.

 FERRARI mettait 4 voitures à la disposition de ses 3 pilotes dont aucune n’était semblable avec deux D50 LANCIA FERRARI et deux 801, la dernière évolution, sans réservoirs latéraux apparents.

6. img reims 59999227 On distingue les 2 types de carrosserie des FERRARI amenées à REIMS, la D50 avec les réservoirs sur le côté mais qui maintenant font corps avec le fuselage et la 801 dernière évolution qui a perdu les réservoirs latéraux et avec un cockpit élargi (collection POZZI)

 MUSSO se montrait le plus déterminé malgré des voitures rétives à la tenue de route incertaine dans les grandes courbes. Il fut à nouveau le plus rapide des pilotes de la Scuderia en 2m 25.7 sur la D50 après avoir testé la 801.
 COLLINS s’essaya aussi sur les deux modèles et malgré ses efforts sur la D50 avec un « châssis maison » FERRARI ne fit pas mieux que son équipier et peinait à approcher ses temps de l’an dernier tandis que son compère HAWTHORN était désespérément plus lent ne parvenant pas à prendre 8000tours/m.
 Un modèle spécial lui était réservé avec une carrosserie 1957 à l’habitacle élargi, qui avait reçu un moteur avancé et une suspension avant de Supersqualo.

 Le vendredi fut marqué par l’arrivée in extremis, acheminées par camion de MODENE,

7. img reims 59999232 La première 250 F/V12 prototype châssis 2523 est vue ici à l’usine. On remarque le museau de squale impressionnant, les gros tambours de freins, les échappements « megaphones » de part et d’autre du cockpit qui se recourbent juste devant les roues arrières et les deux prises d’air sur le capot moteur.

des « redoutables » 12 cylindres MASERATI 250 F qui avec leurs 320 cv à 9600 tours/m devaient théoriquement être mieux adaptées au « speedway » rémois qu’à MONACO où FANGIO en avait fait l’expérience pendant les essais sans succès.

 SCHELL utilisa la première version expérimentale et BEHRA la nouvelle, un châssis modifié pour recevoir l’encombrant moteur.

8. img reims 59999211 La MASERATI 12 cylindres avec ses bosselures sur le capot moteur se laisse admirer dans le paddock et derrière on peut apercevoir la COOPER F2 de BRABHAM. Elle bénéficie d’une carrosserie différente de la version expérimentale, beaucoup plus harmonieuse. Ce galop d’essai rémois devait permettre de la tester pour en tirer le meilleur parti au proche GP national de MONZA. Malheureusement à la fin de l’année l’usine sombra après le désastre de CARACAS.

 Un mulet 6 cylindres était également à la disposition des pilotes.
 Il s’avéra vite que les lourdes 12 cylindres ne permettaient pas de compenser par leur puissance le manque de couple dont elles souffraient surtout à la sortie du virage de THILLOIS et l’équilibre de la 250 F 6cyl qui faisait merveille entre les mains de FANGIO en pâtit rendant plus lentes ces monoplaces préparées à la hâte. On vit SCHELL impuissant effectuer des têtes à queue et FANGIO s’essaya sur le mulet.

8\'. img reims 59999210 Sur la magnifique MASERATI mulet FANGIO regagne les stands en souriant au photographe

 Si les VANWALL ne se mêlèrent pas à la lutte pour la pole c’est que Tony VANDERVELL était confiant dans le potentiel de ses voitures pour la course et préférait rester discret se contentant de faire effectuer à SALVADORI crédité d’un 2m 27.3 et LEWIS EVANS des tours de vérification pour s’assurer que tout était en ordre.

9. img reims 59999208 TONY VANDERVELL richissime britannique qui fabriquait des coussinets devint constructeur en produisant d’abord les THINWALL vertes, FERRARI reconditionnées, avant de monter sa propre écurie VANWALL. Il est présent sur la piste, coiffé d’un élégant chapeau de feutre.

 SALVADORI cependant se plaignait auprès de DAVID YORKE de ne pouvoir tirer le maximum de sa voiture car il était effrayé à grande vitesse par une méchante prise de tangage qu’il n’avait pas perçue à ROUEN. Il attribua ce phénomène au fait que ce n’était pas le même châssis que celui utilisé à l’ACF et que sa voiture était chaussée de roues de 17 pouces alors que celles de son équipier étaient de plus petite taille.

 Au cours de cette dernière séance on assista à des affrontements entre des pilotes déterminés avec FANGIO à la tête d’un groupe comprenant SCHELL qui repoussait BEHRA et MUSSO.
 Bien que les FERRARI aient été affectées d’un sous-virage ne leur permettant pas d’enrouler avec aisance les grandes courbes un MUSSO décidément en verve réussissait à obtenir le deuxième temps derrière l’infatigable FANGIO qui accrocha un 2m 24.6 et BEHRA complétait la première ligne en 3m 25.1.

10. img reims 59999209 Après des duels à plus de 200km/h de moyenne BEHRA échange ses impressions avec son équipier HARRY SCHELL resté au volant de la 250F/V12 tandis que les mécaniciens se penchent sur le moteur.

 Chez FERRARI, on vit encore PHIL HILL faire quelques tours et GENDEBIEN qui participait aux 12 Heures sur la 250 GT vint en renfort au cas où.
 HAWTHORN de guerre las, délaissant sa voiture hybride « sur mesure » » fit un bond en avant d’une dizaine de secondes sur la 801 qui sera attribuée finalement à GENDEBIEN pour la course et retrouva enfin son rang sur les terres qui l’avaient couronné jeune Champion prodige en 1953 après son mano à mano célèbre avec FANGIO. Les mécaniciens de la Scuderia découvrirent le samedi que sa voiture souffrait d’un défaut dans le train avant qui fut corrigé pour la course.

 La MASERATI n°32 d’Ottorino VOLONTERIO rouge à bande blanche aux couleurs suisses était mise à la disposition de pilote susceptible de la qualifier. Umberto MAGLIOLI la mit en route devant les stands mais c’est MACKAY FRASER, inscrit sur BRM n°30 dont le team était forfait, qui s’élança à son volant.
 Malheureusement il manqua d’essence pour effectuer les 5 tours nécessaires et rata la qualification qui lui aurait peut-être permis de rester en vie car il se tua dans l’épreuve de F2 le dimanche.

 Si GREGORY, le jeune pilote américain portant des lunettes, futur vainqueur des 24H du Mans, se défendait plutôt bien sur la MASERATI Centro -Sud son équipier BUEB, vainqueur au MANS en 1955 avec HAWTHORN et aux 12H de REIMS en 1956, était plus lent.

 SIMON qui participait aux 12H confia sa MASERATI bleue au suédois BONNIER n°36.

10\'. img reims 59999231 SIMON aux essais est vu ici au freinage de THILLOIS sur sa MASERATI 250F en 1956. Mais c’est BONNIER qui prendra le départ en 1957 sur cette MASERATI bleue sur laquelle des bandes jaunes furent peintes, rappelant les couleurs nationales suédoises.

 BRABHAM était le représentant esseulé de la nouvelle vague britannique des monoplaces à moteur arrière qui allait bientôt déferler sur la Formule1.
 Sur la frêle COOPER de F2 dont le moteur avait été porté à1,9 L il manquait de puissance pour inscrire sa monoplace à l’accélérateur dans les grandes courbes rapides et bien sûr il ne pouvait prétendre jouer les premiers rôles.
 Avec les MASERATI de GODIA, BONNIER, GOULD, MENDITEGUY, HALFORD et PIOTTI l’Australien occupait le fond de grille.

 Lors de ces essais, ce fut un spectacle extraordinaire d’observer les glissades des 4 roues du Champion du Monde dans le virage du Calvaire après le premier pneu DUNLOP, juge de paix de ce circuit, prenant manifestement son pied qui restait collé sur la pédale d’accélérateur puisque depuis les stands on entendait son moteur qui avalait la courbe sans faiblir et avec une assurance époustouflante, il poursuivait un peu plus loin son jeu d’équilibriste dans le droit BOUSQUET plaçant en pleine dérive sa MASERATI qui semblait rivée sur des rails. Ses pairs admiratifs ne manquèrent pas de lui demander quelques conseils et de le féliciter !

 On pouvait retenir que si FANGIO récent vainqueur à ROUEN où il réalisa une de ses plus belles courses, au sommet de son art à 46 ans (SCHUMACHER a théoriquement quelques belles années devant lui)

11. img reims 59999212 FANGIO ne ménagea pas sa peine pendant les essais donnant plutôt l’impression de prendre beaucoup de plaisir à dominer les glissades à plus de 250 km/h dans les grandes courbes.

 comme il venait de le montrer encore en décrochant le meilleur temps dans les 3 séances lui valant 300 bouteilles de champagne contre 200 à LEWIS EVANS s’avérait le favori, le Britannique resté en réserve en avait gardé sous le pied et affichait une tranquille confiance laissant présager une chaude lutte pour la course à la victoire arbitrée par MUSSO en grande forme. BEHRA, COLLINS, HAWTHORN et SCHELL étaient les autres prétendants possibles à la première place.

 Le dimanche une foule considérable se rendit au circuit et si la course de F1 ne comptait pas pour le Championnat le meeting rémois allait sans aucun doute être sous la férule de Raymond ROCHE un énorme succès populaire et sportif, une fête qui couronnerait ce 14 juillet.

12. img reims 59999202 Cette vue aérienne permet d’apprécier l’énorme succès populaire avec les parkings de part et d’autre de la piste qui affichent complet.

 C’est à 16 Heures après la course de F2 que le départ de la course de F1 va être donné sous un ciel ensoleillé mais un peu nuageux.
 Les voitures sont donc amenées en piste à 15H45 à la main et une fois en place ne peuvent plus être poussées pour la mise en marche des moteurs qui doit s’effectuer à la manivelle ou au démarreur. La grille est la suivante :

FANGIO LEWIS EVANS BEHRA

SALVADORI MUSSO

GENDEBIEN COLLINS

SCHELL HAWTHORN

GODIA GOULD GREGORY

HALFORD PIOTTI

BUEB BONNIER MENDITEGUY

BRABHAM

 Ce sont 18 voitures qui vont s’élancer et curieusement cette grille est à géométrie variable ce qui n’est pas pour surprendre car vu le nombre de voitures échangées entre membres de la même équipe on imagine qu’il est impossible de savoir sans aucune erreur (les commissaires ne disposaient pas des moyens techniques de contrôle actuels) quel pilote a réellement effectué le temps attribué qui détermine en principe sa position de départ. On peut également observer que FANGIO en pole n’occupe pas la corde (ce qui se révélera une chance pour lui comme on le verra par la suite), qu’il ne s’agit pas d’une grille 3-2-3-2-3... que SALVADORI est en deuxième ligne sur sa VANWALL dont il a partagé le volant avec son équipier ou encore que GENDEBIEN est devant HAWTHORN la règle qui place la voiture par ordre suivant le temps qu’elle a réalisé aux essais et non le temps du pilote qui la conduit explique qu’il est difficile de s’y retrouver !

 LAURENT RIVIERE

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 Bibliographie MOTOR SPORT